Catégorie : Journal de bord

Billet Marquisien…

Journal de bord
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Sur la route d’Akaapa, au Nord de Nuku Hiva

Après un mois et demi durant lequel Kanaga a fait sagement pousser des algues sur sa coque dans la magnifique baie de Taipivaï, nous avons de nouveau le droit de nous déplacer d’une baie à l’autre, tant que nous restons sur l’île de Nuku Hiva. Quelques nouvelles de la Fenua Enata.

Les Marquisiens sont chanceux pour l’instant car ils sont passés à travers les mailles de celui qui occupe tous les esprits depuis quelques mois, le coronavirus. Ici pas un seul cas signalé, et 60 à Tahiti, chiffre qui n’augmente pas depuis quelques temps.

La Polynésie française comprend 5 archipels : les Marquises, terres les plus éloignées de tout continent, les Tuamotu, La Société, les Australes et les Gambiers…

Un territoire grand comme l’Europe sur lequel s’étendent des îles et atolls confettis, radeaux plus ou moins habitables colonisés par les peuples du Sud-Est Asiatique arrivés en pirogue il y a quelques milliers d’années.

Un peu moins de 300 000 habitants occupent aujourd’hui l’ensemble de la Polynésie, dont 9000 environ aux Marquises. L’isolement et l’insularité sont parfois une faiblesse, mais en cette période, c’est sans doute ce qui – jusqu’à ce jour – ont préservé la population.

Depuis deux mois, la circulation inter-îles et inter-archipels est interdite, ceci afin de protéger au maximum les habitants. Pour autant, notre sort marquisien est heureux puisque depuis déjà 2 semaines, nous pouvons circuler à l’intérieur des îles librement.

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La descente vers la baie d’Hatiheu, au Nord, est impressionnante…en contrebas, le village.

Nous ne le répèterons pas assez, mais la gentillesse des locaux n’est pas une légende.

Pour rappel, le peuple marquisien a failli s’éteindre au début du XXème siècle, entre autre à cause des maladies véhiculées par les marins du monde entier qui faisaient escale ici. C’était hier. On sent, notamment chez les anciens, la peur présente avec la pandémie actuelle. Tous sont bien conscients que si les archipels étaient frappés, il n’y aurait pas d’infrastructures pour soigner les populations, très à risque (beaucoup de cas de diabète et obésité). Pour les Marquises, les équipes médicales ont bossé d’arrache-pied pour mettre en place 5 postes de réa – contre un seul il y a deux mois.

Pourtant, nous sommes ébahis par les échanges auxquels chaque rencontre donne lieu, nous avons beau être des voyageurs de passage, nous bénéficions de beaucoup de sollicitude de la part des Marquisiens. Et il n’est pas rare que les conversations se terminent par le don d’un carton de fruits délicieux récupérés au Faa’ Pou (les jardins locaux).

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Les fameux « sanglichons »…ceux-là ne sont pas bien farouches !!

Depuis 15 jours donc ils ont pu reprendre officiellement la chasse et la pêche, activités ici essentielles et garantes d’une autonomie alimentaire, à condition de manger local ! Chêvres sauvages, sanglichons et volailles sont les gibiers potentiels…

Les 100 bateaux de la baie de Taiohae, commencent donc petit à petit à remettre les voiles, pour aller dans les baies voisines…guettant le feu vert pour changer d’île, puis d’archipel. Difficile de savoir combien de temps cela va prendre, nous devrions en savoir plus d’ici quelques jours.

Le programme de Kanaga, lui, vous vous en doutez, est en stand-by jusqu’à nouvel ordre !

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Hatiheu…
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Vous êtes bien aux Marquises et non dans la forêt landaise…!

En attendant, l’exploration de l’intérieur de Nuku Hiva est à l’image de sa côte : sauvage, variée, et majestueuse. Si le centre est un plateau couvert en partie de conifères où l’on voit paître des vaches et des chevaux, comparable à certains piémonts des latitudes tempérées, la partie Ouest est une succession de vallées acérées recouvertes d’une végétation dense et tropicale au milieu de laquelle on entraperçoit des cascades et des forêts de fougères arborescentes, le Nord offre une côte plus sèche, mais tout aussi déchiquetée que le sud, et l’Est des canyons qui s’étendent à perte de vue…

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Une ancienne Tohua restaurée…

 

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L’un des gardiens des lieux !

Les vestiges archéologiques, émouvants, nombreux, et répartis dans les vallées nous permettent de nous remémorer qu’ils ont été plus de 20 000 habitants juste sur Nuku Hiva (sans doute quelques 80 000 pour tout l’archipel).

Aujourd’hui, les quelques 3000 habitants de l’île sont répartis dans les principaux villages situés près des côtes, à l’exception de quelques rares cabanes dispersées ici et là. La route qui permet de sillonner l’île offre au regard un monde végétal et montagneux où il semble évident qu’aucun être humain n’ait jamais mis les pieds.

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Comme à l’aube du monde..

Alors que les nuages laissent peu à peu apparaître une forêt inextricable, une atmosphère d’aube du monde nous envoûte… quoi de plus fort que de tels spectacles pour rappeler notre condition de simples humains ?

À suivre…

Après trois semaines de traversée immobile…

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Une frégate…qui se masque…

Kanaga est ancré depuis bientôt 3 semaines à Taipivaï, à Nuku Hiva où nous avons fait le choix de nous confiner dans une baie « tranquille » – car sans wifi – partageant ainsi la baie du contrôleur avec deux autres voiliers. Une durée d’escale que l’on s’offre rarement, plus enclins à naviguer d’un mouillage à l’autre. Pourtant, difficile de se lasser du spectacle… 

Nous voici dans le même état d’esprit que celui des grandes traversées – avec plus de confort – observant chaque détail, et vivant chaque nouvel évènement qui donne vie au paysage comme une fête.

Hormis les rares jours de pluie où la surface se charge d’une eau douce auquel s’ajoute celle drainée par les rivières, nous assistons quotidiennement au même scénario.

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Sale temps pour les bêtes à écailles !

Des bancs de carangues juvéniles et sortes d’anchois locaux évoluent autour du bateau, suivis de près par des bandes de mulets – poissons assez ridicules à la surface car ils semblent tenter de reprendre leur souffle en permanence en croquant quelques animalcules, mais finalement élégants quand ils se souviennent qu’ils sont faits pour vivre sous l’eau. De temps en temps, un aileron de pointe noire se dresse au milieu de ces gloutons, semant la panique dans la foule, et sûrement en en en gobant un ou deux, pour l’exemple et asseoir son pouvoir de squale tout puissant.

Pendant ce temps, les juvéniles évoqués ci-dessus, en plein festin de plancton, voient aussi leurs effectifs diminuer : les frégates fendent les airs et, bien que malhabiles à la pêche, trouvent toujours un ou deux retardataires à se mettre sous le bec.

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Chorégraphie de notre charmante voisine…

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Puis feignants une certaine indifférence face à toute cette agitation, apparaissent alors les Mantas pourtant elles aussi friandes et dépendantes de quelques copépodes ou autres zooplanctons… Nous les voyons arriver de loin, jusqu’à quasi venir toucher la coque de Kanaga.

Trois hypothèses :
– soit elles se sont habituées à notre présence ;
– soit nous avons mouillé au milieu de leur restaurant ;
– soit elles se délectent de toute la faune qui commence à s’installer confortablement sous la ligne de flottaison  – crustacés et algues diverses et variées y élisent domicile avec joie pour un concept connu des voiliers : le récit artificiel flottant.

Chacune de leurs apparitions, parades et sauts nous procurent le même enthousiasme et la même…sérénité, oui je crois que c’est le mot juste.

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Les alentours…

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Baignade…

Puis, viennent les quelques escapades choisies pour un avitaillement minimum en frais, en eau potable. Ici celle-ci est disponible sur la plage, ce qui est idéal pour nous, d’autant que les allers-retours avec les bidons remplis permettent de garder une certaine forme physique !

Au loin quelques chevaux observent notre manège, s’adonnant à quelques baignades rafraîchissantes.

Quant à l’épicerie locale, ses stocks diminuent quelque peu car le bateau de fret – l’Aranui-  a décalé sa tournée d’une dizaine de jours, mais il y a encore de quoi et ses tenanciers généreux offrent les fruits de leur jardin à leurs clients !

…Ajouté aux possibilités de récoltes sauvages de cocos, pamplemousses, mangues, citrons et fruits à pain, on est guère étonné qu’il y a quelques siècles, certains étrangers aient rêvé de s’installer sur ces terres…

Donc tout va bien à bord, et on espère qu’il en est de même pour vous et que vous tenez bon la barre en cette étrange période…

À suivre…

Parés au confinement !

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Et oui, même aux Marquises, rappelons-le îles les plus éloignées de tous continents, le confinement est de mise… Comme quoi l’isolement géographique aujourd’hui est très relatif. Kanaga a donc débarqué tous ses équipiers, comme le préconise les mesures du gouvernent polynésien, et s’est paré.

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Nos derniers équipiers ont pu profiter de mouillages confinés et paradisiaques avant de débarquer « précipitamment ».

La Polynésie est pour l’instant très loin de la situation européenne, mais l’expérience des uns servant les autres, ils mettent tout en oeuvre pour éviter la contagion. Une dizaine de cas à Papeete aujourd’hui, et personne aux Marquises. Si l’arrivée des lycéens internes rapatriés de Tahiti apporte quelques craintes, ils ont des consignes qui semblent assez claires et précises : quarantaine et confinement maximum dans leurs familles.

Restent ces marginaux farfelus qui vivent sur leurs voiliers. Qu’en faire ?

Les plaisanciers de l’ARC (rallye nautique qui arrivait des Galapagos) devraient être renvoyés chez eux dans des avions et leurs 40 bateaux cantonnés à Papeete.

Aux Marquises et aux Tuamotus, certaines îles interdisent l’accès aux voiliers. Il faut dire qu’hormis à Nuku Hiva et Hiva Oa, les infrastructures médicales marquisiennes sont très limitées, et ici mieux vaut largement prévenir que guérir !

La moindre des choses pour nous, voyageurs, est de respecter les consignes et de ne leur faire courir aucun risque.

Kanaga est donc sur l’île de Nuku Hiva. Une soixantaine de bateaux sont dans la baie de Taiohae.

En voilier, nous sommes privilégiés, car rodés à l’exercice. Un confinement finalement nécessite la même organisation que pour une grande traversée océanique : stock de mangeaille, d’eau potable, de BD, de livres et de leurres de pêche. Ensuite, il faut choisir une baie abritée et suffisamment isolée et y établir « le campement ». L’avantage par rapport à une traversée c’est que ni la houle, ni le vent, ni le mal de mer ne perturberont l’équipage.

La seule limite de l’exercice est la culture des légumes : dans notre jardin, il y n’y a que le phytoplancton qui pousse ! Mais dans les vallées d’ici, même désertes, les arbres croulent sous les fruits…

Et puis toute cette ambiance Barjavelesque donne à penser. Vous l’aviez déjà compris, les échanges avec les équipiers à bord du Kanaga sont souvent l’occasion de grands débats et questionnements – nous n’avons pas la prétention d’apporter des réponses mais peut être un petit espace de temps… de pause.

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Voilà des semaines que nous évoluons dans une Nature éblouissante. Les voies cyberiennes racontent que les poissons reviennent dans la lagune de Venise, que dans certaines villes les Chinois sont de nouveau couronnés d’ un ciel bleu…

Alors, on se met à espérer, face à ces murs végétaux qui nous entourent, à ces mantas qui viennent nous rendre visite, ces oiseaux qui chassent et ces biquettes qui inlassablement varappent sur des cailloux vertigineux…

On se met à espérer que quelle que soit la durée de cette traversée, qui a embarqué la planète entière à bord d’un rafiot que l’on tente d’apprivoiser  – sans minimiser la violence de ses tempêtes,  l’importance de la casse, la peur de ses équipiers ou l’imprévisibilité de sa météo –

On se met à espérer qu’au moins elle permette à tous de naviguer vers des horizons où les poissons, qu’ils soient de Venise ou des Marquises, nageront plus paisiblement.

Une grande traversée, ça peut aussi être l’occasion d’essayer autre chose, non ?

À suivre…

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