Auteur/autrice : Kanaga

Mecanic… Waves and Whales !

Journal de bord
Adios à la Polynésie ! ©Damien 😉

Kanaga est à Papeete depuis presque trois semaines et après sa belle saison nous l’avons bichonné : rencontre avec Igor, entre deux escapades qui, pour une partie de l’équipage, sont les dernières en Polynésie…

Débarquement de notre bon vieux Vin Diesel pour lequel c’est l’heure de la retraite !

Il était temps de s’en occuper. Là, à deux milles de l’entrée de la passe du lagon de Tahiti, alors que nous avions démarré la machine vingt minutes plus tôt, un vieux bruit de casserole puis… plus rien. A la barre, je rêvais déjà à une petite hinano avec vue sur le coucher de soleil de Moorea, jusqu’à ce que… je m’inquiète… « Hervé ??? »… pas de réponse… « Tout va bien ?? Ca sent le brûlé… » « Oui, oui, c’est normal… ça gère ! » « Ah… ».
Quelques minutes plus tard, je le vois dans le cockpit avec les bras noirs jusqu’au coude « Bon là, je crois qu’on va finalement tirer des bords, Vin Diesel nous a encore lâché » (Vin, notre fidèle et vieux Ford…). C’est gentil qu’il ait attendu que nous soyons juste tous les trois à bord…
Bref, pas de hinano, mais un beau coucher de soleil et une nuit de quart sous les étoiles, en tirant des bords – il est interdit de naviguer dans le lagon de Tahiti la nuit.
Au petit matin, nous mouillons à la pointe Vénus, et nous téléphonons à Patrick, notre super-héros à nous, qui trois heures plus tard arrive avec la pièce qui nous permet de re-démarrer. De quoi rallier la marina, à quelques milles de là. Vin aura été vexé, apprenant au détour de la salle des machines que nous avions prévu de le remplacer par un jeune suédois, un Volvo penta arrivé de France en cargo. Mais rendons lui hommage, il a tenu bon presque jusqu’au bout. Merci Vin.

… Et voici Igor, paré à démarrer !
Le sourire des mécanos, après deux semaines de boulot intensif… et le doux ronron d’Igor : un succès !


Nous avons donc enchaîné sur quinze jours à quai, je vous passerai les détails techniques, mais je vous assure que c’était un vrai film de Chaplin. Découpe du cockpit, sanglage de Vin pour l’extirper de l’antre dans laquelle il prend ses bains d’huile depuis quarante ans, et levée avec le transpalette. Trop court, il faut donc aussi découper la capote.
On le sort.
On se fait livrer le nouveau moteur… dommage le transporteur n’a pas de grue, on va se débrouiller… on trouve et on récupère Igor, le beau suédois, tout vert et tout propre.
A la manœuvre, Hervé et Patrick n’ont pas chômé pendant dix jours, branchant, alignant, testant, trouvant des solutions à chaque nouvel imprévu. Patrick, sans toi, ça aurait été « tendu de la chute ». MERCI encore !!!

Ce qui est sympa à quai (fait rare pour Kanaga), c’est qu’entre les anciens équipiers qui passent dire bonjour et les nouvelles belles rencontres, c’est très animé ! Voyant le reste de l’équipage assurer l’intendance, mais fuir la mécanique, des amis bienveillants nous on proposé de nous balader… l’occasion de se laisser portées pour un dernier au-revoir à la Polynésie.

Teahupoo… sans et avec surfeur !

               

C’est ainsi que nous nous sommes retrouvées à Tahiti iti, au pied de LA vague de Teahupoo, rêve des surfeurs et … impressionnante pour les voileux, qui s’ils sont normalement constitués évite ce genre de montagnes mouvantes avec leur rafiot. Elle est parfaite. Majestueuse. Certains sifflent pour l’appeler… Le mana qu’elle dégage est bel et bien là, et ceux qui tentent de faire corps avec elle n’ont pas froid aux yeux. S’ils se font happer par sa mâchoire puissante, ils se retrouvent jetés sur le récif, dans un bain de mousse où il semble qu’il faille aussi avoir de bonnes compétences en apnée…

Heu… salut belle dame !
jolie dorsale…
… et caudale !

Puis, plus tard, de l’autre côté de la presqu’île, c’est une rencontre plus douce, mais toute aussi forte qui nous attend. Les baleines à bosses sont arrivées il y a déjà quelques semaines pour mettre bas dans les eaux polynésiennes… Elles croisent au large de l’île. Ce matin là, on en verra quatre. Trois mâles et une femelle, s’adonnant à un jeu de parade.
La magie opère. L’une d’elle nous salue de sa tête, caractéristique, une autre, de sa caudale. Une troisième n’a pas de dorsale, probablement un jeune car paraît t-il, cette nageoire tendrait à disparaître avec les nouvelles générations…


Un dernier au-revoir… après trois années en Polynésie. S’il nous aura été donné d’y voir la carte postale et l’envers du décor, l’émotion en est tout aussi forte. Ce qui nous paraissait si lointain est devenu plus familier, les noms aux sonorités exotiques comme les codes de la population polynésienne. Les souvenirs refont surface. Les visages de tous ceux et celles rencontrés, tout comme les paysages grandioses de ces îles nichées au cœur du Pacifique. Véritable pays-océan. Et puis il y a la tentative de compréhension d’une culture en quête d’identité, et de la houle croisée (pas toujours agréable!!) du Pacifique qui semble parfois hargneux malgré son nom… Enfin, ces centaines d’immersions, et le regard qui s’aiguise sur une vie sous-marine d’exception, en espérant qu’elle le demeure…

Oui, ce chapitre de la vie de Kanaga laissera des souvenirs tatoués à l’encre indélébile.

Rendez-vous à Chiloé, en Patagonie !

Pour l’heure, l’équipage s’apprête à se reposer avant de mettre les voiles avec beaucoup d’enthousiasme début novembre vers… la Patagonie !

Pour ceux et celles qui seraient tentés par l’aventure, le calendrier de ces navigations futures est ici !

A suivre !

Entre motu et montagnes

Journal de bord
Kanaga qui tente de tracter un motu

Kanaga n’avait pas encore exploré les îles sous le vent, c’est désormais chose faite avec la découverte de Raiatea et Tahaa… Retours sur ce mois de navigation depuis Papeete où nous entamons une pause technique.

Ce qui nous a frappé en arrivant à Raiatea, c’est le dynamisme de l’île. De nombreux voiliers choisissent d’y faire escale. Il est vrai qu’elle partage le lagon avec Tahaa’ , plus discrète, mais de fait très accessible et tout aussi accueillante.

Raiatea
Vue sur la baie d’Hamene, à Tahaa

Après plusieurs mois durant lesquels nous culminions à deux mètres d’altitude ce fut donc un vrai plaisir de sentir quelques montées sous les tongues et d’arpenter des chemins menant à de superbes panoramas. Et là, la magie opère, on se retrouve face à des paysages qui offrent un mélange de ce que l’on a tant aimé aux Tuamotu et aux Marquises : des lagons virant du turquoise à l’indigo dans des bleus à faire pâlir la palette de Matisse cerclés de montagnes qui en disent long sur l’histoire volcanique des lieux…

Un tetrodon moucheté
… et un joli poisson-clown et son anémone partagée avec de jeunes demoiselles à trois tâches…

Sous l’eau, encore de belles rencontres, notamment avec des poissons clowns, et quelques coraux encore jamais observés lors de nos escapades précédentes. Pourtant certaines immersions m’ont parfois laissé un goût un peu plus amer, à force de comparer les sites, ici certaines zones semblent souffrir de divers maux (dans les plus visibles, une invasion de macro-algues, les Turbinaria Ornata qui squattent peu à peu les patates de coraux…).

En navigation, longer les îles est un régal, entre motu et montagnes, avec au loin, suivant la côte, la vue sur Bora Bora ou Huahine… Nous avons juste fait une rapide escale sur cette dernière, les dernières semaines ayant été marquées par de fortes houles et de fortes pluies, nous avons opté pour l’option : « en voir moins, mais le voir mieux ! ».

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Tahaa’ comme Raiatea ont de grandes baies qui sont d’excellents abris, la plupart sont très peu urbanisés et parés d’immenses murs végétaux. De près la diversité botanique impressionne et envoûte.
 Nous en avons profité pour refaire un saut dans une ferme perlière, avec notre équipage du moment. Le patron, passionné, héritier de la ferme parentale, mène son affaire de main de maître depuis vingt ans. Pour que les perles que son équipe cultive gardent une qualité optimale, il n’hésite pas à s’inspirer du savoir-faire étranger : australien, birman… afin que les perles de Polynésie ne perdent rien de leur qualité et réputation. Nous assistons, fascinés encore une fois, à l’opération de greffe, qu’il exécute en moins de 30 secondes, avec une précision chirurgicale. Un coup de scalpel de travers, et la nacre, blessée, serait condamnée… 
A la table voisine, son neveux de 12 ans passe ses vacances ici : il découpe avec application des micro-morceaux d’une bande de 5mm de manteau d’une huître choisie pour les couleurs exceptionnelles de sa nacre. Ces morceaux servent de greffons, l’idée étant que l’ADN qu’ils contiennent soit utilisé par la nacre réceptrice pour envelopper le nucleus intrus que le greffeur lui inocule… Dix-huit mois plus tard, une perle naîtra de cette savante opération… Sachant que les huîtres greffées ont déjà trois ans…. Autant dire que vous ne regardez plus de la même manière boucles d’oreilles, ou pendentifs en perle !
Les légendes locales associées mériteraient à elles seules un chapitre entier…

 

Taputapuatea, faisant face à la passe sacrée… et Huahine au loin
Un des marae… vu de plus près

En matière de légendes et d’Histoire, Raiatea n’est pas en reste. L’île abrite au Sud-Est, le site de Taputapuatea, un lieu sacré qui compte différents marae (sites cérémoniels issus de la culture maohi). Taputapuatea, bien que récent (XVIIè siècle) est le plus connu, célébré par les chefs maohi de Nouvelle-Zélande, des Cooks et de la Polynésie. En déambulant au milieu de ces marae, il faut imaginer les pirogues qui arrivaient de tout le triangle polynésien depuis la passe sacrée qui fait face à Taputapuatea pour participer aux cérémonies ancestrales. Dédié à Oro, le dieu de la guerre, il y aurait souvent été question de politique. C’est aussi dans l’un de ces marae que les rois se faisaient sacrer… non sans offrir aux dieux quelques innocents sacrifiés pour la cause.
Bref, malgré la magnificence des lieux et probablement des cérémonies, on se dit que le XXIème siècle a du bon…



Quelques jours plus tôt, en mer, la passe sacrée  a été des plus clémente avec Kanaga – la légende dit qu’elle serait gardée par une pieuvre géante… Ce ne sont pas des pirogues anciennes qu’il nous a été donné d’y voir, mais peut-être l’esprit de la mer, matérialisé par un baleineau, qui expérimentait de nombreux sauts et cabrioles, aux côté de sa mère. Sur le pont, la ribambelle d’enfants qui étaient à bord avec nous à ce moment là étaient émerveillés… tout comme les plus grands ! Une bien belle image pour conclure cette échappée dans les îles sous le vent…

Maintenant, place au chantier !

À suivre…

 

Journal de bord
Fakarava aux couleurs arc-en-ciel

Jamais Kanaga n’avait fait une si longue escale qu’à Fakarava : nous y avons passé un peu plus de quatre mois. Puis, il a fallu se décider à mettre les voiles vers le sud, avant de trop s’attacher à ce bout de mer et de ne prendre racine… L’occasion de faire un dernier passage à Makatea. Autre coin de Polynésie qui restera gravé dans nos mémoires…

Au mouillage dans le turquoise…

Quatre mois au milieu des motu, des cocotiers, du lagon et des requins… On pourrait imaginer que la carte postale, malgré sa superbe pourrait être lassante. Mais il n’en est rien. En surface on se perd des heures dans la contemplation des bleus dont se pare le lagon… Sous l’eau, vous l’aurez compris, c’est tout simplement magique, les passes offrent une diversité incroyable, et s’immerger librement, avec juste un masque, une paire de palmes et les yeux grands ouverts donne la sensation d’être accepté, le temps d’une plongée, par tous ces êtres fascinants qui peuplent les fonds… N’ayons pas peur des mots, l’expérience est quasi… mystique !

Le labyrinthe formé côté large par les « feo » à Rangiroa…
Un dernier coucher de soleil dans les atolls…

Si la terre est étroite et peu présente dans les atolls, elle mérite tout de même que l’on s’y attarde… la traversée d’un motu depuis le calme du lagon jusqu’à l’agitation du large (quelques centaines de mètres tout au plus), rappelle au promeneur que l’on marche sur une minuscule plate-forme corallienne où l’eau douce est plus rare que les cocos… Pourtant ils sont quelques 800 personnes à vivre ici, toute l’année. Il faut du temps pour rencontrer et connaître les Puamotu (habitants des Tuamotu), mais si notre longue escale restera un très beau souvenir c’est aussi grâce à ceux avec qui nous avons pu échanger et partager…

Miaou…katea

Le « phare » de Fakarava s’éloignant, nous avons donc regardé vers le Sud. L’escale à Makatea était obligée. Comme à chacun de nos passages, nos amis sur place nous on réservé un accueil extra-ordinaire. Cette fois-ci nous avons arpenter l’île pour une randonnée « familiale », finalement ..heu… assez sportive ! L’idée étant de rejoindre le point culminant de l’atoll soulevé, en jouant les équilibristes entre les creux (de 2 à 20 m de fond) résultants de l’exploitation passée du phosphate… Ne pas s’y aventurer sans guide ! La vue de la-haut est surprenante, le panorama s’ouvre sur une île recouverte de végétation, seule une antenne trahie la présence humaine…

Le phosphate de Makatea peut se trouver sous la forme de 5 couleurs différentes… et est un formidable engrais pour les faa pu
Vue sur la côte de Momou
Un bain de verdure depuis le point culminant de l’île…

Alors, quand le débat toujours actuel d’une éventuelle ré-exploitation du phosphate, est évoqué, devant une telle beauté des lieux, on ne peut que comprendre ceux qui sont farouchement contre.
D’autant que les projets chez nos amis de Makatea ne manquent pas ! Produire des légumes pour une partie des atolls alentour (qui n’ont pas une bonne terre), développer l’eco-tourisme à travers les randonnées et l’escalade : c’est aussi des possibilités d’emplois durables pour les jeunes et la garantie pour la soixantaine d’habitants qui occupent les lieux de ne pas courir le risque de voir leur île de nouveau soumise à l’emprise d’un projet dont ils redoutent les conséquences… Il faut dire que l’Histoire leur donne raison… l’exemple de Nauru est assez parlant…

Extrait du Tome 6 des « Vieux fourneaux » par Lupano et Cauuet… A découvrir !

Une dernière accolade à Fifi… qui me propose même de venir y vivre quelques mois… mais il nous faut déjà quitter Makatea, nous sommes attendus dans les îles sous le vent. Les marins reprennent la mer…

Un petit poulpe de Makatea…
…Ici la magie opère aussi sous l’eau…

Cette île restera pour moi exceptionnelle, et j’ai le coeur serré en lui disant adieu ! Les au-revoir sont un peu adoucis par la présence à bord de Kanaga de Tehai, l’institutrice du village qui cherchait un voilier pour aller sur Papeete (pas de goélettes ces dernières semaines…). A travers elle et le récit passionnant de ses cinq années d’enseignement dans la petite école de dix élèves, nous avons l’impression d’être encore un peu là bas…

Teahupoo ? Non… Raiatea !

Retour à « la ville » avec une courte escale à Papeete, puis nous rejoignons Raiatea, accompagnés par une superbe houle, au loin Bora-Bora se dessine, comme une de ses légendes contée et re-contée, qui tout à coup prend forme et devient réalité…

À suivre !

 

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