Quand le moteur nous m’autorise…

Journal de bord
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Plein gaz vers de nouvelles aventures !

On a beau faire du voilier, il nous faut parfois faire appel à la propulsion mécanique, notamment dans les régions où le vent fait défaut…comme ici au Panama. C’est ainsi que pendant que certain(e)s batifolent avec les poissons ou les bêtes à fanons, d’autres s’immergent dans de toutes autres eaux. Ou devrait-on dire, s’immergent dans l’huile et le gasoil.

Cette histoire a deux personnages principaux.

Vin Diesel : il est balaise, il est américain (Ford Leeman), il est rouge, il est tenace et a de sacrés capacités. Son défaut : il a besoin de carburant et de beaucoup d’attention pour être au top. Dans notre récit il a 37 ans, un bel âge auquel normalement la mécanique est à son apogée (et la scribe sait de quoi elle parle étant de la même année que notre Vin’). Mais voilà depuis quelques mois, Vin fait des caprices. À croire qu’il voudrait revoir sa Normandie et qu’il en a marre de la vie de bohème sous les tropiques. Il a concédé de nous laisser passer le canal du Panama à 5 petits noeuds, et depuis, il râle et nous en fait voir.

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Le face à face entre Hervé et Vin !

Le deuxième personnage, c’est Hervé. Si vous lui demander de vous raconter le Panama, il pourra vos donner les adresses de toutes les ferreteria de Portobelo à Panama City, en passant par la petite échoppe de Contadora aux Perlas où ils vendent le produit qui va bien pour faire cesser les problèmes d’incontinence de Vin. Quant aux paysages, il les a vu, entre deux plongées dans la salle machine, généralement avec les mains pleines de cambouis et autant sur le visage, dégoulinant de sueur, l’oeil terne et les mâchoires crispées après 2 ou 3 heures de bataille avec Vin. A chaque problème résolu, un nouveau prenait sa place…

Jusqu’à ce jour où nous étions dans un sublime mouillage, en équipage réduit : votre dévouée scribe, Hervé et la moussaillonne. Souvenez-vous, c’est la fois où deux baleines ont passé quelques heures près de Kanaga…Si nous avions su nous leur aurions demandé de nous remorquer jusqu’à Panama City. En effet ce mouillage paradisiaque est isolé, et c’est un excellent abri duquel il est en revanche difficile, voire impossible, de s’extirper à la voile. Le passage est étroit, avec un fort courant et à l’heure actuelle pas de vent… Bref, ce jour là, quand on a démarré, le moteur est resté silencieux. Et quand Vin ne dit rien c’est (très) mauvais signe. Le lendemain, après une dure journée de labeur et de combat en face-à-face, Hervé a obtenu un sursis. On a filé sur Panama City, retrouvé du vent en cours de route et jeté l’ancre à deux pas des ateliers de mécanique pour réfléchir. Assurément, cette fois-ci on ne pouvait combattre la bête seuls.

 

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Nelson l’homme qui murmure à l’oreille des moteurs…

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Arrive alors un troisième personnage : Nelson, un mécano uruguayen de 63 ans, sans doute né avec une clé dynamométrique dans la main (rassurez-vous je ne savais pas non plus ce que c’était avant qu’on reculasse ce pauvre Vin). Assez vite, après sa confrontation avec Vin, il sort lui aussi plein de cambouis, trempé de sueur, mais ! avec un sourire aux lèvres.
Ah bon, on peut faire de la mécanique et apprécier alors ? Et oui, Nelson est passionné, il adore s’occuper des moteurs. Vin, sans doute ravi de cette attention quasi-amoureuse, et probablement sensible au charme latino, s’est laissé faire. Tout y est passé : injecteurs, soupapes et sièges de soupapes, échangeur, rectification de la culasse, joint de culasse, etc. Le tout bien sûr en panaméen dans le texte : contrairement à ce que laisse croire le dictionnaire espagnol on ne dit pas junta de culata mais « empaque »… Nous avions l’air bien nous : « necessitamos de cambiar el junto de culata par ici, junto de culata par là ». Heureusement Nelson en bon professionnel n’a pas besoin de mode d’emploi et a enrichi notre sémantique mécanique hispanique – nous tairons les jurons.

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Et hop, sans la culasse (demain Vin enlève le bas) !
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La tribu des soupapes
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Et l' »empaque » empaqueter !

Une semaine plus tard, après un passage dans l’atelier terrestre de Nelson qui a toutes les machines-outils qui vont bien, notre nouveau meilleur ami a remis toutes les pièces du puzzle en place. Pendant ce temps Hervé décrivait toutes les manip’ et j’ai réalisé que la panne avait du bon : elle est un excellent outil pédagogique. Nelson sort de la grotte ravi. Il nous dit : partez faire des tests, on se revoit dans un mois, si tout va bien, Vin’ est au moins reparti pour 20 ans. C’est un très bon moteur, il avait besoin d’un gros coup de neuf, mais « tranquillo » ça va voguer !

Fébrilement, nous tournons la clé de contact, Vin ronronne…et ça tient. Il nous « m’autorise » à repartir…

À suivre !

2020 aux Marquises !!

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Ile de Fatu Hiva © Getty

Alors qu’une lutte sans merci se déroule entre le binôme Hervé-Nelson, respectivement capt’ain du Kanaga et mécano uruguayen et Vin’ (comme Vin Diesel), notre moteur, il est bon de laisser la mécanique vivre et de voir un peu plus loin que la salle des machines. À savoir les navigations à venir !

Ne vous inquiétez pas l’histoire du moteur vous sera contée lors du prochain post.

En attendant portons notre regard vers l’archipel des Marquises !!! Car oui c’est dans ces îles de rêves qui ont attirées dans leurs filets les plus grands artistes, que Kanaga sera de Janvier à Août 2020.

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Waouh!!! © Getty
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Baie de Hatiheu © Getty

Pour cette nouvelle année de navigation, nous vous proposons de nous adapter à vos disponibilités. Petite explication : pas de calendrier pré-établi, mais une discussion avec nous pour décider de vos dates de venue et de la durée de votre séjour à bord : contact@kanaga.fr

Kanaga sera basé à Taiohae, sur l’île de Nuku Hiva. De là nous pourrons rayonner dans tout l’archipel.

Bon, ben, on vous attend ?!

À suivre…

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Un tiki à Hiva Hoa © Getty

Un café baleine pour le Kanaga s’il vous plaît !

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Des baleines à quelques mètres de Kanaga…un petit déjeuner comme les autres aux Perlas ?

Voilà presque 5 mois que Kanaga est au Panama. La faune ne cesse de nous étonner ici. Après une courte escapade terrestre dans la jungle, c’est de nouveau sur et sous l’eau que nous sommes confrontés à Dame Nature. Kanaga étant reconnecté aux ondes WIFI, voici le retours sur ces quelques rencontres… d’exception.

A bord du Kanaga, au milieu de la nuit. Un gémissement insistant. J’ouvre un oeil, je me lève et me dirige vers la bannette de la moussaillonne, mi-endormie, mi-ronchonnant : « Oh non, elle s’est encore réveillée… ». J’arrive devant l’objet de mon courrou : pauvre petite chérubine innocente,  pour une fois (!), elle dort à poings fermés. J’ouvre le deuxième oeil et les deux oreilles. Mais alors, qu’est-ce que..?

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Arrivée…
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Et mouillage…
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aux Perlas….mais !
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C’est sous l’eau que ça se passe…

Bon sang mais oui, c’est ça ! On assiste à un concert de chants de baleines à bosses à travers la coque du Kanaga. Il y a des chants, des phrases, graves, aïgus, des cliquetis, des qui se répètent plusieurs fois, d’autres qui se répondent d’un bout à l’autre de la quille.Pourtant dehors, personne. Mais la légende dit que ces chants sont capables de parcourir des milliers de kilomètres. Je passe le reste de la nuit à les écouter, oubliant de dormir.

Nous sommes à Contadora, au Nord de l’Archipel des Perlas, où Kanaga est revenu chercher du calme après l’agitation de Panama City. Les cétacés sont au rendez-vous, les baleines à bosses viennent mettre bas ici chaque année et préparer les « petits » aux navigations hauturières… On peut les y observer de juillet à octobre.

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Et un saut, un !

Quelques jours plus tard, nous mouillons plus au Sud, au milieu d’îles désertes : alors que l’on prend un petit café, trois baleines croisent à moins de 20mètres de la coque : deux femelles et un baleineau…nous les recroiserons l’après-midi alors que nous sommes sous voiles, et assistons à ce qui ressemble à un cours de sauts pour le petit…Mais le spectacle n’est pas fini. Deux jours plus tard, c’est la presque pleine lune. Nous assistons à notre concert désormais « habituel ». Une échappée sur le pont suffit pour voir dehors l’une de nos géantes préférées s’adonner à des acrobaties, on aura même droit au saut dans le clair de lune…pourtant c’est promis, Luc Besson n’est pas à bord.

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Approche de 3 baleines…
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à bosses !
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Ça des humains ? Mon oeil !

Toujours plus au Sud, nous testons un autre mouillage, cette fois-ci à un mille d’un petit village de 50 habitants, las Cañas. Au petit matin, un souffle. On monte sur le pont : une baleine et son baleineau sont de nouveau à une cinquantaine de mètres de Kanaga. Elles ne bougent pas, elles se reposent.

Mon voisin me dit : « t’es pas déjà à l’eau toi qui en rêve ? »… Oui, j’en rêve, mais quand même là,  elle est balaise la baleine…ceci étant il est vrai que des occasions comme celle-là, il ne s’en présentera peut-être jamais plus…

Je chausse les palmes et le masque et file vers les mastodontes. Il doit y avoir dans ce mouillage à peine 3m de visibilité, l’eau est pleine de plancton. Je nage et j’essaye d’évacuer l’appréhension et le trac….Je m’approche, sous l’eau je ne vois rien, je relève la tête, je suis à moins de 10m. Je m’approche, 5m. Elles ne bougent pas. Je ne vois toujours rien sous l’eau. Je respire…Je m’approche en veillant à rester sur le flanc de l’animal. 3m.

Et je la vois. Je les vois.

La femelle, la mère, statique avec ses immenses pectorales blanches juste à quelques cm de moi avec le bas de son corps qui plonge et dont je ne vois pas le bout dans cette eau turbide. Je devine son oeil. Son rostre, immense, avec des lèvres blanches et les balanes accrochées au museau. Collé au rostre, le baleineau qui a droit apparemment à une séance de câlins.

Je n’ose plus bouger, je ne veux pas déranger…et je ne suis pas chez moi.

Les baleines restent là, silencieuses et sans bouger. Combien de temps ça a durer ? Aucune idée,, cinq, dix, vingt minutes, plus ? Apparemment plus, mais le temps s’est figé.

Puis tout doucement, imperceptiblement, la mère bouge la pectorale, pivote. La puissance de son souffle me fait sursauter. Je m’éloigne sur la pointe des palmes et nage vers le bateau.

J’embarque, et je prends un café.

J’ai rêvé là non ?

À suivre…!

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Hasta luego !

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