Catégorie : Journal de bord

Bon vent à toi Dom…

Journal de bord
Ciao Dom…

Les marins sont nomades, et croisent de nombreuses personnes. 

Certains laissent une trace indélébile et sont des repères, quasi, géographiques. Des phares bienveillants.

Lors de nos pérégrinations Caribéennes, nous faisions régulièrement escale à Carriacou, à Tyrell Bay. En rentrant dans l’antre familière, nous repérions toujours en premier SeaRose, l’atelier flottant de Dominique, qui soudait là de l’alu, et qui avait réussi à faire de son lieu insolite, un véritable lieu social où tous venaient causer, échanger des plans, se rencontrer. Avec Dom, ses cheveux ébouriffés, fidèle au poste, force tranquille et rassurante. 

A ceux et celles qui nous lisent et qui ont partagé un bout de navigation avec nous dans les eaux grenadines, vous avez sans doute passé au moins une soirée chez Dom et Geneviève, qui ne manquaient jamais de nous inviter à partager un bout de gras, « amenez votre équipage! », et tous revenaient le coeur rempli des échanges avec ces deux là.

Dom, une des dernières fois où nous t’avions vu, tu nous avais crié depuis ton atelier « la prochaine fois je ne veux plus vous voir avec Leenan Head ! », nous t’avions écouté et nous étions venu te présenter Kanaga avant de franchir la porte du Pacifique, l’occasion de nouveaux beaux moments partagés avec toi, Geneviève et la clique de Carriacou…

Les eaux où tu navigues désormais nous sont inaccessibles, mais c’est sûr que lors de notre prochain passage, car on revient toujours à Tyrell Bay, tu nous manqueras.

Va’a’ ttitude …

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Dans les starkings blocks

Passant l’année à naviguer à la voile ou en kayak, en alternant avec quelques sessions de «snorkelling», notre équipage n’avait finalement pas saisi l’occasion de faire un tour de Va’a (appelé aussi Vaka aux Marquises). Profitant d’une escale tranquille de Kanaga à Taiohae c’est chose faite… et c’est une sacrée belle découverte !

Vous connaissez peut-être le Va’a sous le nom de pirogue polynésienne. Entendez par là, une embarcation fine, au ras de l’eau, qui se manoeuvre à la pagaie et qui, eu égard à l’état d’humidité dans lequel reviennent certains débutants de leurs premiers essais, est très instable en solo…

Pourtant, il est vrai qu’à force de les voir filer aux abords des voiliers ici et là lors de nos pérégrinations, cela commençait à nous démanger les pagaies d’essayer ces bateaux.

Alors, quand cela m’a gentiment été proposé, j’ai foncé !

Mise à l’eau…
Embarquement
C’est parti !
Hey! Hep !

Me voilà donc au club de va’a, entourée de rameurs et rameuses aguerris. « Au fait, tu sais comment ça marche ? » « Heu… pas vraiment… » « Tu prends la rame comme ça, tu la plantes verticalement quand on te dit et surtout tu regardes la rameuse qui est deux places devant toi ».

En résumé je dois copier sur la voisine d’en face… Nous sommes 6 rameuses. Le va’a nous attend sagement sur la grève, on le porte à l’épaule jusqu’à l’eau (et il pèse…).

On embarque toutes du même côté entre le balancier et la pirogue, ceci pour éviter tout chavirage intempestif. La répartition des rameuses est précise : La capitaine « perero » est à l’arrière, c’est elle qui dirige le va’a, tâche ardue car vu la longueur et finesse de l’embarcation, les virages nécessitent une loooongue anticipation. La « taa’re » donne le tempo, elle compte un certain nombres de coups de pagaies, et quand elle donne le signal « Hey ! », on plante la pagaie une dernière fois et on change de côté sans perdre le rythme. Ceci à l’air très simple mais je vous garantie qu’il n’en est rien ! D’une, vous avez peur de lâcher prise et d’égarer la magnifique pagaie que l’on vous a prêté, et de deux, il faut repositionner très rapidement et très précisément vos mains à la bonne place sur la rame. Vous pouvez vous entraîner avec un manche à balai, en alternant main droite en haut, main gauche en bas, main gauche en bas, main droite en haut le tout en vous calant sur un métronome… 

Ah, vous voyez ? Pas si simple sans assommer le voisin ! Enfin, tout à l’avant, la rameuse donne le rythme, c’est elle qui ralentit ou accélère.

Au top départ, les rameuses pagaient en quinconce. Nous voilà prenant de la vitesse, et très vite la conscience d’avancer ensemble et de ne faire qu’une (!) prend aux tripes et donne toute la puissance aux gestes que nous réalisons chacune. Nous longeons la plage et les voiliers, visant l’autre côté de la baie. Là, nous flirtons avec les falaises. Nous sommes concentrées sur notre métronome… Assez vite je constate que plus que la force physique, c’est l’endurance et le cardio qui sont éprouvés ici… Tout à coup, à droite de grands ailerons, je pense d’abord à des requins (il y a des marteaux qui se promènent dans la baie), mais aperçois à quelques centimètres de nos pagaies, le dos bombé et massif d’une immense raie Manta qui doit frôler les 5m d’envergure. 

Complètement troublée je cafouille, étant toujours autant fascinée par la rencontre avec ces poissons gigantesques… J’arrive à raccrocher les wagons et nous poursuivons vers l’extérieur de la baie. 

La pause, de l’autre côté de la baie…

« Respire! »… On fait une pause, bercées par la houle du large, le regard embrasant toute la caldera qui surplombe Taiohae. Avec la lumière du soir, le spectacle est magique.

J’ai la sensation de participer à une danse, une danse rythmée de « hey », sur une piste liquide, où la chorégraphie à la fois puissante et agile pourrait mener les embarcations très loin… Nous avons parcourus 4 milles en une petite demi-heure, reste le chemin retour. 

Va’a du soir…
Un qui va’a loin… (en bas à droite!)

Si la Polynésie a été ralliée par les peuples de l’Est du Pacifique avec des pirogues à voiles, il n’étaient pas rare que les trajets inter-îles, distantes de dizaines de milles, se fassent à la rame… C’est donc aussi un voyage dans le temps qu’offre cette escapade, à quelques siècles de là. 

Souvenons-nous qu’à cette époque, seuls les hommes avaient le droit d’embarquer sur les va’a… C’était tapu pour les femmes…

De retour à terre, on termine par une petite séance de gainage… elles ont la forme les marquisiennes ! On clôture la séance sous les rires, avec cette douce impression d’avoir saisi et partager un peu plus de l’âme du Fenua Enata 

À suivre…

Bonus : Va’a 1
Plouf ! C’est beaucoup moins stable toute seule (ben non ce n’est pas Hervé dans l’eau…) !!!

Traits d’union

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L’Aranui mouillé dans la baie de Puamau, à Hiva Oa

Kanaga vient de faire une petite pause technique d’une dizaine de jours à Atuona sur l’île d’Hiva Oa. L’occasion d’observer la vie qui se trame autour de ce petit port enclavé, au pied de la colline où reposent Brel et Gauguin…

La chaleur ici est écrasante du fait de la géographie du lieu, et, si les matinées et les fins de journées retrouvent quelques animations, les après-midi sont assez calmes. Les seuls qui osent braver le soleil sont les jeunes locaux s’entrainant à pagayer sur des Vaa’ de courses, ponctuant leurs avancées de « hey, hey, hey, hep »! (A chaque hep, comprenez qu’il faut changer la pagaie de bord). Quelques plaisanciers aussi qui carènent leur bateau au sec, au chantier, entourés de poules et coqs. Les autres restent au frais.

Pour sortir, une des bonnes raisons peut être l’arrivée des « goélettes », rares traits d’union de l’île. En ces temps perturbés où les frontières internationales s’ouvrent au compte-goutte, l’isolement des insulaires est d’autant plus entendable.

Aux Marquises, deux solutions pour se procurer tout ce qui n’existe pas sur place et ne peut, de fait, parvenir par la terre. Les avions et les bateaux. En ce qui concerne ces derniers, le spectacle est particulièrement intéressant, il faut dire que les manoeuvres sont sportives. Le port est étroit, et une grande digue les contraints à négocier un virage serré.

Le Taporo, en mer…

21h. Un fort bruit de tôle que l’on frotte en continue retentit… c’est l’ancre du Taporo qui vient d’être jetée, le navire cule contre le quai jouant d’avant en arrière avec ses manettes, en travers du port. A l’étrave, deux gars parés à envoyer l’aussière à leur collègue à quai. Dix minutes plus tard, le bateau est à poste et ils commencent à décharger leur précieuse cargaison. Le lendemain matin à 6h, ils sont déjà partis…

Nous les recroiserons plus tard en mer, faisant des aller-retours entre Tahuata l’île voisine et  le port d’Atuona, pour un jeu de chargement/ déchargement. Si dans le port il paraissait immense, au pied des montagnes marquisiennes, le Taporo semble bien petit…

L’Aranui, au loin…

L’Aranui lui est plus « prestigieux », célèbre pour ses croisières qui sillonnent les Marquises, ses deux grues n’enlèvent en rien de sa magnificence. Il passe généralement un peu plus de temps que le Taporo à quai. Vous pouvez alors observer le défilé de pick-up -pour ne pas dire l’embouteillage -chacun venant récupérer ici la marchandise pour achalander le commerce, là, la pièce attendue depuis quelques semaines (parfois plus), ou encore les stocks de ciments nécessaires à la future construction. D’autres viennent juste voir le spectacle, car c’est vrai qu’il est canon ce bateau.

Leur passage est, sinon vital, essentiel au bon fonctionnement de la vie insulaire.

…de plus près !

Les voiliers mouillés dans le port doivent d’ailleurs lors de leur arrivée veiller à ne pas empiéter sur la zone de manoeuvre des navires… ni à jeter l’ancre sur le câble de fibre optique installé ici il y a quelques années… – être celui qui prive l’île de sa connexion internet, trait d’union moderne, ne présagerait pas de bonnes nuitées… !

Une fois les goélettes parties, les locaux reprennent leur place sur le quai. Une canne à pêche à la main, ils remontent des Ature (chinchards locaux) à la mitraillette et ne manquent pas de vous en offrir au passage si vous vous intéressez un tant soit peu à leur activité…(délicieux avec un filet de citron – local – et de l’huile d’olive -amenée par l’Aranui ou le Taporo…)

Kanaga repart, les pièces qu’il attendait sont arrivées elles par les airs, en ATR… Moins romantique mais rapide ! Quoique là aussi, il y aurait à raconter. Si Nuku Hiva et Hiva Oa, les îles principales des Marquises sont bien desservies, les autres îles habitées voient parfois les vols des petits avions suspendus ce qui donne beaucoup à parler aux marquisiens en ce moment car c’est aussi leur moyen principal pour être « Evasanés » si besoin (évacués sanitaires). 

Les pitons de Ua Pou… jolie vue pour les pilotes… et les autres !

Ces jours-ci le Twin Otter devrait être remplacé par deux Cessna caravan… un défi pour les futurs pilotes (et passagers…!) car certaines pistes, notamment celle de Ua Pou, sont réputées pour être des plus périlleuses ! Vous avez déjà atterri ou décollé sur une piste inclinée ?

Sensations garanties, et pourtant là aussi, aventurier ou pas, il s’agit d’un trait d’union indispensable pour relier les îles entre elles…

À suivre !

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