Dans les yeux des tikis…

Journal de bord
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Un tiki réputé pour son puissant mana

Kanaga continue son périple marquisien, allant d’un paysage grandiose à un autre, d’une rencontre à une autre. Comment raconter tous ces moments sans tomber dans un listing qui altèrerait la force des lieux. Peut-être en regardant dans les yeux un tiki, et en essayant de comprendre à quoi ressemblaient les vallées marquisiennes à l’aube de leur peuplement.

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Un visage de pierre…

Il est grand, il est en pierre, avec des gros yeux et fixe le lointain ou celui qui croise son regard, depuis semble t-il, l’éternité. Vous faites face à un tiki. Vous aurez beau le questionner, il restera de marbre (enfin plutôt de pierre volcanique), et ne répondra pas à vos questions, ne vous racontera rien, ne vous posera aucune énigme, il ne vous chantera même pas une chanson de Brel.

Le tiki est mystérieux.

 

Toutes les îles sont pourvues de sites archéologiques, plus ou moins connus, plus ou moins valorisés. Vestiges d’une vie ancienne, mais pas tant (de 200 après JC jusqu’au début XIXème siècle) dont il n’est pas si aisé de saisir les clés.

Ce qui au premier regard semblerait n’être qu’un tas de gros cailloux est en fait un paepae, fondation d’un ancien lieu d’habitation. Dans certaines vallées, aujourd’hui désertes, ils sont des milliers… A cette époque les marquisiens auraient été quelques 100 000 habitants, sur l’ensemble de l’archipel.

En déambulant dans les vallées, ou sur les sites, nous faisons alors appel à notre imagination. La fête du village avec démonstrations de danses traditionnelles à laquelle nous avons été invité récemment à Ua Huka « Venez, toute l’île est conviée!! » permet de nous aider.

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Site de Ta’a Oa

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L’un de ces sites, Ta’a Oa, sur l’ile de Hiva Oa est particulièrement impressionnant et s’étend sur plusieurs hectares. Nous nous asseyons sur les deux trônes qui dominent la tohua, lieu de cérémonie encadrant une esplanade de 70m de long par 20 de large, autour de laquelle devaient être installés des centaines de spectateurs. Nous sommes seuls. En fermant les yeux, on entend le vrombissement des tambours, et l’on voit le groupe d’hommes tatoués et costumés, qui effectuent une ronde rythmée et guerrière.

Quelques centaines de mètres plus haut, des banians géants ont investis les lieux, abritant des tikis. Ils étaient, pour les premiers marquisiens, les représentants des Dieux sur terre, des passeurs qui permettaient aux initiés de communiquer avec les divinités, de leur faire des offrandes. Tous étaient dotés d’un mana, une puissance plus ou moins forte. Ces sculptures ont alimenté bon nombre de théories, parfois rocambolesques.

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Sur les hauts de Hiva Oa

Les vallées aujourd’hui pour beaucoup silencieuses, devaient être remplies de clans, réputés guerriers, et d’habitants respectants de nombreux tapu (interdits). Leurs vies s’organisaient fonction des vivres et matériaux qu’amenaient les forêts et la mer, puis plus tard… les visiteurs. Une dent de cachalot était troquée contre du bois de santal, par exemple. Au XIXème siècle, famines, maladies, guerres claniques et l’arrivée des occidentaux ont réduit la population à un peu moins de 3000 âmes…

Les marquisiens étaient alors en voie d’extinction. A la fin des années 1920, l’arrivée du docteur Louis Rollin qui a organisé des campagnes de vaccinations, les a sensibilisé et les  a soigné, a permis à ce peuple de se relever d’un tel effondrement démographique. En parallèle, l’extinction était aussi culturelle : la tradition jusqu’alors orale, perdue avec une partie de la population, et la volonté de certains religieux et administrateurs français d’éradiquer toutes traces de la culture ancienne et « païenne », ont contribué à la faire tomber dans l’oubli. Culture qui, sous la pression, était même devenue tapu pour les anciens !

Est ce à ce moment là que les tikis se sont tus ? Peut-être.

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Un bel exemple de renouveau de la culture marquisienne : les danses

 

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Sous le regard bienveillant des anciennes…

Il faudra attendre les années 1970 et Monseigneur Le Cléach pour redonner vie aux voix des ancêtres. Cet évêque breton missionné aux Marquises, contrairement à ses prédécesseurs, a incité les marquisiens à  se ré-approprier et à faire revivre leurs traditions – en commençant par la traduction de la Bible en marquisien tout de même. Ainsi, malgré les nombreuses zones d’ombres qu’elle compte encore, cet homme à impulsé un grand mouvement de renouveau de la culture marquisienne toujours en vogue aujourd’hui. Pari gagné.

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Les hauts de Fatu Hiva…
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Mais… où est Kanaga ?

Alors que nous sommes à Fatu Hiva, troisième île du sud, plus humide et plus excentrée, nous déambulons sur des crêtes, surplombant des vallées désertes où manguiers, acacias géants, pandanus, et frangipaniers ont totalement investis les lieux. Difficile d’imaginer qu’il n’y ait pas là quelques sites jamais découverts… de quoi réveiller des instincts d’explorateurs.

Pour l’heure, nous suivons la route tracée mais non moins impressionnante, et terminons notre pérégrination avec une vue plongeante sur le village de Hanavave où même la Nature semble s’être adonnée à l’art de la sculpture…

Tikimorphisme ou message divin ? A vous d’en décider !

À suivre…

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La célèbre « Baie des Vierges » de Hanavave
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