Des pêcheurs à poils et à plumes !

Journal de bord
Kanaga au mouillage à Tikehau

Quand Kanaga est mouillé dans un bon abri, au coeur d’un atoll des Tuamotu, le premier réflexe est d’aller voir ce qui se trame sous l’eau. Pourtant, notre intérêt pour la faune sous-marine, largement évoquée ces derniers mois, ne doit pas nous faire oublier de regarder ce qui se passe sur les rivages et dans les îlots. Bienvenue à Tikehau !

Alors que nous nous livrons à une exploration de l’un des motus de Tikehau, non loin de la passe Nord, nous sommes suivis.
Ils sont trois. Sauvages, musclés, balaises… avec des crocs acérés. Nos regards se croisent, puis ils nous ignorent superbement. Nous ne sommes vraisemblablement pas à leur goût et tant mieux car les bêtes sont impressionnantes.

Nous constatons rapidement que ce sont des pêcheurs hors norme. Pour eux, ni lignes, ni filets, ni harpon. Juste du flair et suffisamment d’énergie pour se livrer à une chasse sans courre durant des heures, sous le soleil incandescent des Tuamotu.

Des pêcheurs… hors normes !

Trois chiens « bâtards » et quasi-sauvages, deux mâles et une femelle. Leurs «propriétaires » vivent isolés et les molosses semblent autonomes au niveau alimentaire…
Le numéro est bien rôdé : ils galopent, et nagent (particulièrement vite et sans palmes), plongent parfois et rabattent le poisson ; et pendant que deux font blocus, le troisième l’attrape à coups de pattes ou de crocs.
Ce-jour là, ils auront entre autre, un juvénile de requin pointe noire qui passe vraisemblablement un sale quart d’heure.

Chasse au requin en 3 actes !

Phénomène bien connu de l’archipel des Tuamotu, les chiens ici, s’organisent en meute pour pêcher. Ensuite, le dominant goûte le fruit de leur pêche, suivi de la femelle et du dominé. Les trois observés ont ensuite « joué » un moment avec le requin inanimé, puis l’ont consommé tout frais. C’est quand même meilleur que les croquettes.

Yeux dans les yeux avec un Noddi brun…

Le lendemain, nous slalomons avec Kanaga au milieu des patates de corail pour rejoindre un îlot situé au coeur du lagon : le motu Puarua, « l’île aux oiseaux ».
Quand nous jetons l’ancre, nous faisons face à un véritable sanctuaire ornithologique. La cacophonie et pépiements présagent de la quantité de piafs qui ont élu domicile ici. Au crépuscule, ils sont des centaines à voler jusqu’à l’îlot, après une journée de pêche. Voilà qui nous rappelle « l’île Marcel », au pied de laquelle nous avions mouillé l’an passé au Panama, dans le Darien. Les crocodiles et singes en moins, mais avec une eau turquoise.

Ici, un couple de Noddis noirs
Et le poussin !!

Les jours suivants, nous partons deux par deux explorer les lieux, le plus discrètement possible pour ne pas déranger. Noddis, Fous, Gygis blanches (ou sternes blanches), Courlis, Frégates occupent les lieux, peu farouches.
Camouflés dans les arbres – parfois tant bien que mal – des dizaines de poussins de différentes espèces. Certaines femelles couvent, d’autres surveillent leur oeufs pondus dans des nids douillets, sauf pour les Gygis blanches dont les oeufs sont posés sur les branches dans un équilibre parfois très précaire !

Gygis !!
… et son petiot ! 

Nous ne nous lassons pas de cette partie de cache-cache, au coeur d’une forêt primaire – la plupart des motu sont envahis de cocotiers plantés en vue de leur exploitation et la diversité sylvestre est rare aux Tuamotu.

Le fou à pieds rouges (désolée, on ne voit pas ses petons)
… et sa progéniture !

J’essaye de capter une image de Gygis blanche en plein vol, véritable ange, gardienne des lieux. 
Puis, au milieu de ces bruissements d’ailes, des voix humaines. Une petite embarcation touristique arrive et nous rechignons à partager le temps d’une escapade ce minuscule îlot…
Je fais un clin d’oeil à Gygis, et on file… à la Kanaguienne.

Un ange…

La navigation retour vers Papeete sera un prétexte pour s’arrêter de nouveau à Makatea… nouvelle immersion, en apnée, avec un autre trésor de la faune sauvage, à quelques mètres sous l’eau, les chants de deux baleines à bosses se font écho… Elles saluent l’île quelques heures plus tard de leurs caudales non loin du voilier. Kanaga retourne à Tahiti, dans des conditions parfaites, 15-20 noeuds de vent établi, avec une mer calme… comme quoi les Tuamotu peuvent aussi être très… pacifiques !!

À suivre !

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