Paradise Island ?

Journal de bord
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Vue sur Kanaga depuis une île déserte…

Le syndrome du Bernard l’Hermite c’est parfois explorer, rentrer dans sa coquille parce qu’il ne fait pas bon mettre les pinces dehors, puis ressortir quand les conditions sont plus clémentes. C’est exactement ce que fait Kanaga depuis 15 jours, un jeu du chat et de la souris avec les éléments. L’occasion de côtoyer quelques paradis.

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Un ciel plombé…
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Une mer gris anthracite…

Ah, une croisière aux Bahamas, le rêve. Les eaux turquoises avec une visibilité de 30m pour ceux qui y tremperaient les palmes, une foultitude de poissons colorés. Tout ceci est vrai, les Bahamas ressemblent à ce tableau là. Mais ! Les Bahamas ça peut être aussi un ciel sombre et plombé qui coiffe une mer gris anthracite et la température extérieure qui en quelques minutes vous glace…de l’intérieur. C’est alors symptomatique d’une « OT » comme l’annonce froidement le jargon météorologique. Une « OT », soit une onde tropicale. Le risque alors est que l’ « OT » devienne une dépression tropicale… Dans ce cas là, l’équipage raisonnable cherche un abri pour son canot et ses occupants. Pour sa coquille.

Plantons donc maintenant le décor local : des îles avec des plages de sable blanc étendues sur des centaine de milles, des montagnes infranchissables à l’échelle d’un Bernard l’Hermite de la taille d’un bigorneau, soit une dizaine de mètres d’altitude pour les plus hautes, le tout entourées de récifs qui font le bonheur de ceux qui ont plaisir à barboter sous l’eau. Des sites sublimes, mais qui offrent généralement peu d’abris. On comprend mieux pourquoi l’archipel compterait plus de 6000 épaves…Alors il est où l’abri ? Les poissons peuvent se planquer sur ces rafiots coulés,  véritables reefs artificiels, mais le Kanaga, peu enclin à la plongée sous-marine, où doit-il aller dans ce cas là ?

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Paradise Island ?

L’une des épaves intéressants nos Bernard cinéastes au passage de cette première perturbation étant située à l’Ouest de l’île de New Providence, l’abri le plus sûr est Nassau, la capitale. En entrant dans le port, le marin, d’abord soulagé d’être en lieu sûr, remarquera ensuite les paquebots géants. On en a vu jusqu’à cinq amarrés côte à côte. Ils font face à une partie de ville postiche trop propre. Le port est protégé par une île baptisée « Paradise Island ». Un concentré d’hôtels de luxe, parcs de loisirs, piscines qui est le deuxième employeur de l’île. Un pont permet d’accéder à ce « paradis », séparant ceux qui peuvent, et qui ont, de ceux qui n’ont pas. Sous le pont, une enfilade de cabanons bariolés où des salades de lambis sont vendues aux touristes aux heures d’affluence. Plus tard, vous y croisez de pauvres erres parfois en piteux état. Plus loin, au coeur de la ville postiche, des dizaines de magasins de souvenirs typiques made in China, des bijouteries de luxe, des magasins d’alcool et de cigares. L’histoire des Bahamas est liée à la contrebande et à la piraterie…les affaires d’aujourd’hui font dans l’ultra consommation du tourisme de masse. À chaque époque son business. Il faudra vous éloigner de quelques rues pour retrouver des échoppes sympas, des maisons à taille humaine, et une vie qui semble plus authentique. Vite, que les mauvaises ondes (tropicales) s’éloignent afin que nous puissions fuir cet étalage de non-sens, paradis des uns, enfer des autres.

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Kanaga au mouillage à Norman Cays, Exuma
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Ou…île paradisiaque ?
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Et si on vivait là les 10 prochaines années… ?
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Vue de là haut !

 

Trois jours se passent et nous pouvons enfin faire route vers les Exuma Cays, un cordon d’îles au sud de New Providence. La magie opère de nouveau. Notre objectif est d’aller vers l’épave d’un avion qui à priori serait très bien conservée. Pour Kanaga, une épave d’avion est bien plus rassurante qu’une épave de bateau, logique. La navigation reste technique puisqu’avec nos 2,4 m de tirant d’eau il faut s’assurer de ne toucher aucun récif sachant que l’on navigue sur un plateau de calcaire qui doit faire en moyenne 4 à 5m d’eau avec patates de coraux incorporées (ça c’est pour donner du piment). Nous arrivons sur site prudemment et Kanaga parvient même à se frayer une chemin dans une passe qui compte plein d’îles désertes non loin d’une mangrove claire.

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L’avion…
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…Et ses gardiens !

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C’est ici qu’est posé – sans mauvais jeu de mots- l’avion convoité, à quelques encablures d’un petit aérodrome. Les grenouilles du bord s’équipent et partent repérer l’épave, ils reviennent les yeux pétillants : elle est superbe, l’avion est magnifique (le pilote lui n’est pas du même avis). Il est vrai que son état de conservation est étonnant, l’engin a dû amerrir en douceur. De nombreux poissons, algues et coraux y ont établit domicile.

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Position acrobatique pour immortaliser l’image de notre barracuda domestique…Caché sous l’annexe.
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Notre barracuda de compagnie

Nous passerons une petite semaine dans ce bout d’île, qui aurait, à nos yeux, mérité le nom de Paradise Island. L’avion est filmé et exploré sous toutes ses coutures, nous sommes guidés par quelques sergents major peu farouches, qui tentent d’ailleurs de voler la vedette à ce Curtiss devant les caméras…Un barracuda restera sous la quille de Kanaga durant toute la durée de notre escale…pour un peu il devenait notre poisson domestique. On a versé une petite larme en le quittant.

Mais déjà il nous faut repartir vers les sites suivants à New Providence et Bimini, avec une nouvelle étape obligée à Nassau, OT oblige. Mais, cette fois ci nous avons nous aussi notre petite idée de ce que peut être une « Paradise Island » et nous pourrons y rêver tranquillement depuis notre coquille…

A suivre…

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  • Laetitia tes lignes et photos prolongent mon mois de mer passé avec vous , merci
    bizh à vous trois

  • Bonjour,

    C’est toujours un réel plaisir de continuer à voyager entre vos les lignes d’horizons grâce à vos jolies lignes d’écriture illustrés toujours avec autant de délicatesse.
    Merci pour ces bouffées iodées , ces moments de stress et de sérénité partagés.
    et que vogue Kanaga et ses habitants ….. avec le plus de sérénité.

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