Vous avez dit… Pacifique ?

Journal de bord
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Un Va’a évoluant sur les eaux calmes(?) du Pacifique…

La légende dit que Magellan a nommé le Pacifique ainsi car cet Océan était exempt de colères. Il est vrai qu’en faisant cap sur les Tuamotu nous nous attendions à trouver des motu hérissés de cocotiers, encerclants des lagons turquoises et… tranquilles ! Nous avons trouvé les motu, les cocotiers et les lagons… mais peut-être moins tranquilles que escompté…

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Derniers moments partagés avec les copains des Marquises…

Nous avons donc quitté les Marquises, après une dernière escale au pied des pitons de Ua Pou pour naviguer vers nos premiers atolls du Pacifique. Les vents étaient avec nous – et… les houles aussi, nous ballottants allègrement ! Les éléments nous ont conduits vers l’atoll de Takaroa.

A quelques 3 milles de l’île, nous distinguons clairement ce trait plus épais, habillé de cocotiers eux-mêmes soulignés du blanc si particulier des sables coralliens… Mais méfiance si là où nous évoluons, il y a plus de 600m de fond, à l’approche de l’atoll nous entendons les vagues qui se brisent sur le reef.

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Notre première passe…Takaroa
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L’eau incroyablement cristalline des hoa..

Nous repérons la passe. Notre première passe. Les instructions nautiques conseillent de la franchir à l’étale, lorsqu’il y a moins de courant…Kanaga s’engage dans un chenal bleu indigo d’une vingtaine de mètres de large. Mieux vaut éviter le turquoise qui le borde même s’il est attrayant. Après un mille de navigation avec un courant portant, il nous faut virer à 90° à bâbord, et franchir le « mascaret » : si l’option semble peu engageante, ça se passe aussi bien que si nous avions eu un kayak de rivière.

Et d’un coup, nous voici dans les eaux calmes du lagon. L’un de nous posté à l’avant repère les patates de corail éventuelles ou les restes de fermes perlières, jusqu’à trouver un site de mouillage. L’exploration des fonds marins, notamment dans les hoa (passes très peu profondes) nous révèlent une eau d’une transparence incroyable, pas une particule ne vient opacifier la masse liquide. Poissons, coraux, bénitiers aux couleurs éclatantes…nous en prenons plein les yeux.

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Coucher de soleil à Apataki… tout est si calme !

Après avoir exploré Takaroa quelques jours, nous choisissons d’aller vers le Sud, à Apataki. L’arrivée se fait en fin de journée, au nord de l’atoll, mais il fait encore jour et nous sommes à l’heure pour la passe. Celle-ci est large et l’entrée dans ce nouveau lagon se fait tout en douceur. Il est beaucoup plus grand, et nous ne distinguons pas la « rive » d’en face. Lorsque nous assistons au coucher de soleil, le sentiment d’être au mouillage, sur une autre planète, seuls au milieu du Pacifique est impressionnant.

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Ce qu’il reste de notre mouillage…on a brisé la chaîne!!

Mais, je l’ai déjà dit, méfiance aux Tuamotu. Le maramu (alizé du sud est) que l’on attendait 48h plus tard se lève dans la nuit…et notre mouillage paisible devient intenable à 4h du matin. Le cul de Kanaga est tourné vers le récif, le sondeur affiche 1,8m de fond, et la houle du sud-est devient plus forte et fait danser le canot… Nous sommes 4 à bord, on en met un à la barre, deux à l’avant, et la cadette lève-tôt dans le cockpit. Celle-ci, du haut de ses 3 ans et demi, nous rassure : « S’il y a un problème, vous me dites, je suis là! ». Ah, ouf…! On tente de soulager la chaîne en attendant le lever du jour (n’oubliez pas que dans les lagons la navigation nocturne est à proscrire pour cause de patates intempestives…).
Le « chien » (bout fusible qui protège la chaîne) cède très vite avec le jeu de pilonnement, la chaîne saute du barbotin se dévidant de tout son long jusqu’au câblot. Après une heure et demi de lutte, le soleil se lève. On s’obstine pour ne pas perdre le mouillage. On talonne et la partie arrière de la quille se transforme en chou-fleur (on en fera le constat ultérieurement…) et le safran a bien failli sortir de ses gonds… Une demi-heure plus tard, la chaîne cède net (une chaîne de 16 quand même !), on met les gaz et on s’écarte du danger… abandonnant l’ancre et 50m de chaîne. On tire quelques bords dans le lagon, espérant que les vents et la houle mollissent pour nous permettre de récupérer le mouillage…et priant les tikis pour qu’il n’y ait pas de patates car soyons honnêtes, on n’y voit pas grand chose avec les cieux couverts !

Quatre heures plus tard, ne voyant aucune amélioration nous reprenons la passe et fuyons côté océan ! A l’abri de la ligne des motu, Kanaga vogue sur une eau calme pendant que le lagon ressemble à une piscine à vague… Quel monde agité que celui des atolls !

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Makatea… une île unique (©Pamela Carzon/ GEMM)
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Kanaga, face à ce qu’il reste du port où le phosphate était embarqué

Nous nous replongeons dans les cartes et repérons Makatea, un atoll « soulevé », phénomène rare. Le poids de Tahiti et ses îles a généré un bombement qui a poussé cet ancien lagon vers « le haut ». Résultat : des falaises de calcaire de 60 à 80m qui forment en leur sommet un plateau recouvert d’une végétation dense, qui pousse dans un sol parsemé de creux. Ici pas d’ancrage possible car nous sommes au-delà du tombant par 35m de fond, mais 3 coffres mis à disposition par la commune. Nous en choisissons un qui fait face aux ruines des installations de la CFPO (Compagnie Française des Phosphates d’Océanie).

De 1904 à 1966 le sol de l’île a été exploité pour en extraire des millions de tonnes de phosphates. Makatea était alors le coeur économique de la Polynésie française et comptait 3000 habitants. Ils ont été les premiers à bénéficier de l’électricité sur le territoire, et de tout un tas d’infrastructures « modernes ». Puis, parce que tout le phosphate qui pouvait s’extraire sans concasser la roche avait été extirpé et que la suite des opérations s’annonçait plus complexe et moins rentable ; les travailleurs ont été recrutés pour les essais nucléaires de Mururoa… et 6 familles ont été « abandonnées » sur l’île faisant face au vide, du jour au lendemain.

Si cette activité a été prospère économiquement, elle l’a été beaucoup moins d’un point de vue écologique. En outre, les poussières de phosphates très nocives, ont affecté la santé des résidents, notamment des enfants de l’île, parfois jusqu’à la mort. Aujourd’hui une compagnie Australienne met la pression pour reprendre cette exploitation. Sur les 80 habitants du village, une bonne majorité y sont farouchement opposés craignant pour la préservation de leur île.

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Les grottes sont nombreuses à Makatea, et dans certaines, l’eau douce et sublime…toute lentille d’eau claire existerait ainsi dans ses entrailles…
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Vue de l’intérieur…

Et quelle île ! De ses entrailles émane, aller, osons le mot, un mana puissant.

Ses paysages sont à couper le souffle, préservés, différents. La piste est bordée tantôt par les ruines d’un village ou d’une locomotive abandonnés, témoins de l’époque de la CFPO, tantôt par une végétation dense et variée, tantôt par un dédales de chemins rocheux étroits qui évoluent entre des crevasses plus ou moins profondes, et se perdent dans la forêt, tantôt par des cocoteraies où sont installés des farés, actuellement habités.

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Les falaises de Makatea plongent dans le reef…

Les falaises sont aussi par endroits équipées pour faire de l’escalade, l’île commençant à faire parler sérieusement d’elle dans le monde des grimpeurs depuis l’organisation l’an passé d’une rencontre internationale sur le site… L’écotourisme est un des fer de lance des opposants à l’exploitation des phosphates… et il est vrai que le potentiel pour vivre d’une économie locale est impressionnant!

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Sous la coque de Kanaga… un jardin de corail
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Et ses habitants…

Sous l’eau, le tombant est recouvert d’un véritable jardin de coraux, beaucoup d’Acropores multicolores, où vivent des milliers de poissons, dont certaines espèces rares, observables sans difficulté dans une eau indigo tout aussi claire que dans les passes… Ceux qui sont chanceux à la saison, peuvent avoir pour voisines de bateau les baleines à bosses qui, paraît-il, apprécient de nager au bord du reef.

Nous sommes arrivés là-bas le même jour que le Mareva Nui, cargo ravitailleur (il y a juste un héliport sur l’île, pas d’avion). Tous les villageois sont là, certains mêmes avec les Yukulélé ! Ils attendent les produits de Papeete… et échangent et/ou vendent coprah et kaveo (crabe des cocotiers qui est l’une des ressource actuelles de l’île), entre autre, contre de la bière. Le capitaine nous explique qu’ici l’accueil est toujours chaleureux, les dames du village préparent des petits plats pour les marins, tout le monde vient les voir « c’est particulièrement sympa ici » !
Nous avons eu là bas effectivement, en quelques jours, un accueil exceptionnel, les villageois nous racontant l’histoire de Makatea, nous parlant d’eux aujourd’hui, nous guidant dans le village et alentour, nous offrant des fruits, nous prêtant des vélos, nous faisant découvrir les spécialités locales etc.

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Au mouillage…
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…dans un spot de surf !

Mais les vents nous ont rattrapé et ont soufflé… de l’Ouest. L’unique zone de mouillage de l’île où nous étions (au Nord Ouest…) était donc de nouveau exposée… avec le cul de Kanaga vers le récif… Alors, même si le coffre était costaud, la musique du déferlement sur le récif à quelques mètres de la bannette pendant la nuit rendait le sommeil agité, voire, absent… Quant aux débarquements pour aller à la rencontre de nos nouveaux amis de Makatea, ils n’étaient plus possible qu’à la nage, en passant la « barre » qui obstruait l’entrée de la petite darse aménagée…

Nous sommes restés le plus tard possible, mais il a fallu choisir la sagesse et faire route vers Papeete.

Je vois la falaise de Makatea diminuer sur l’horizon et ne sais si nous nous reverrons un jour, mais je sais qu’elle existe quelque part, cette île incroyable, unique. La victoire des magnats de l’industrie sur l’exploitation de cette terre serait juste criminelle… et l’argument économique valable à si court terme pour ses habitants.

C’est donc toutes ses histoires et aventures en tête que Kanaga a cinglé au près, avec une sacrée houle. Décidément, cet océan Pacifique déchaîne les passions !

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Tahiti !

Avec sont sommet qui culmine à 2241m, Tahiti nous apparait de loin, suivie de près par Moorea, aux lignes superbes aussi. Nous nous engageons dans le lagon de Papeete, calme et bien abrité et récupérons de toutes ces émotions.

Désormais, il est temps de nous occuper un peu de Kanaga qui en a bien besoin lui aussi ! Rendez-vous est pris pour le carénage cette semaine !

À suivre…

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Nouvelle escale aux Tuamotu : où il est question de lagon, de perles et de Kaveu
  • Merci pour cette nouvelle carte postale marine si bien contée 👍😉..et bonne phase de réparation
    Christian

  • olà du bord ,
    après Canouan , vous nous refaites le coup à Apataki , départ un peu forcé en pleine nuit et de nombreux € sur le sable ,
    avec l’équipage et kanaga toujours aussi solides , l’aventure a pu continuer et vous voilà à Papeete , vous arrivez en plein Heiva , chants et danses vont vous permettre de souffler un peu et attaquer le carénage avant d’autres traversées
    la bise
    bernard (EAB)

  • Je suis bien content pour vous que tout se termine bien, bon carénage à Tahiti, je suis en Croatie et ici ce n est pas le Maramu mais le Bora qui nous a rappelé qui l fallait être modeste face aux éléments. Petit bonjour à Dany et Philippe.

  • Très heureux que vous ayez repris la navigation. Les Tuamotu sont réellement un archipel original, superbe et attachant. Avez-vous goûté le Kaveu ? Nous avons passé notre confinement à Fakarawa au milieu des coraux et des requins. De retour en France, nous profitons maintenant des canaux de Sète et des Montagnes Pyrénéennes. Bonne continuation dans votre périple. Bises à tous les trois. Philippe et Dany (Marquises en février 2020)

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